Ah si jeunesse savait!

Je trouve très drôle le débat de ces dernières semaines sur la jeunesse. Les jeunes dans la rue, en politique, du bouquin de Rama Yade aux déclarations de Luc Chatel en passant par projet de Grenelle de la jeunesse sans doute piloté par Wauquiez, et le programme de Jean-François Copé pour l’éducation.
Je m’étonnerai toujours de ces « modes » médiatiques, ces vagues de sujets qui se chassent les unes les autres. On sent que le sujet de retraites (qui avait lui-même chassé l’affaire Woerth qui avait chassée l’affaire Hortefeux qui avait chassée etc.) est en déclin dans les medias et que quitte à parler d’emploi, autant parler de celui des jeunes c’est plus sexy. Heureusement Wikileaks, Miss France et la Côte d’Ivoire sont arrivés, la jeunesse n’est plus ZE sujet. Jusqu’à la prochaine fois.
Sauf que. La jeunesse n’est pas un sujet en soi. La jeunesse est une période de la vie, voire un état d’esprit disent certains, mais ce n’est pas une caste uniforme aux revendications et aux préoccupations identiques d’un individu à l’autre. Il n’y a pas LA jeunesse, il y a LES jeunes.
Un jeune actif diplômé n’a pas grand chose à voir avec un étudiant de premier année, ni avec un salarié qui a commencé à travailler à 16 ans, ni avec un chômeur longue durée âgé de 30 ans. Cette démonstration par le prisme de la situation sociale peut se faire avec l’origine familiale, géographique, les activités pratiquées, les lieux fréquentés etc.
Alors oui, bien sûr il y a des points communs: la question de l’éducation concerne tous les jeunes jusqu’à 16 ans, et beaucoup d’entre eux jusqu’à plus de 20 ans. Le « background » culturel varie d’une génération à l’autre et modifie sa façon de penser. Mais les problèmes des jeunes sont globalement les mêmes que ceux des autres citoyens: emploi, logement, pouvoir d’achat.
Bien sûr le chômage des jeunes, aux alentours de 23%, ne peut pas être ignoré, il s’explique entre autres par le fait qu’en période de crise les employeurs ne prennent aucun risque et ne se risqueront pas à prendre un candidat sans expérience.

Ce que je pense surtout c’est que les jeunes sont une cible électorale pour Sarkozy, premier Président de la Vème République à avoir été élu sans être majoritaire chez les moins de 25 ans. D’autant plus que c’est une catégorie d’âge qui s’abstient beaucoup, et donc qui contient un grand nombre de réserve de voix.

Mais, au risque de paraître totalement à contre courant, je pense que la « jeunesse » a surtout besoin d’une chose: l’indifférence. L’indifférence dans le sens l’absence de différenciation. Nous ne demandons pas de reconnaissance en temps que classe d’âge spécifique justement. Je ne dis pas qu’il faut ignorer les problèmes des jeunes d’un point de vue politique. Mais d’un point de vue sociétal, c’est insupportable d’être le jeune de service.
De la même manière que c’est insupportable de n’être considéré qu’en fonction de son sexe, son origine, son handicap, l’âge est un facteur discriminant terrible.
On a tendance à ne voir les personnes âgées qu’à travers le prisme de leur âge, ce qui n’est pas normal, et c’est aussi le cas pour les jeunes. Je ne sais pas si c’est le cas ailleurs qu’en France, mais chez nous c’est flagrant.

J’ai moins de 30 ans, et il ne se passe pas une journée sans qu’on me rappelle mon jeune âge. Or, dans l’imaginaire collectif jeune âge = immaturité = inexpérience.
Et ce sont préjugés qui posent tant problèmes à l’embauche, à l’accès au logement, aux responsabilités etc.

Je sais bien que je ne suis pas la plus à plaindre, mais je termine en vous donnant des exemples d’anecdotes réelles que j’ai pu vivre ces derniers mois + une plus ancienne.

– J’arrive dans réunion avec les services de l’Etat, je me présente « Sarah Peillon, adjointe au maire ». La réunion a lieu et en conclusion la dame en face de moi me répond « vous direz à vos élus que c’est bien beau d’envoyer une collaboratrice, mais la prochaine fois il faudrait qu’ils viennent! »

– Fête de quartier, j’accompagne un autre élu, il est prévu qu’il soit le seul à parler pour limiter les discours. Après son discours, le chef du comité des fêtes me tend le micro, je lui fais signe que non. « Ah ben, faudra bien commencer un jour jeune fille! » (je dois plus parler dans un micro en six mois que ce type ne le fera dans toute sa vie…)

– Il y a quelques années, je suis au chômage et décroche, enfin, un entretien. Ce dernier se passe bien. A la fin l’employeur me dit « revenez dans quelques années, Mademoiselle, vous êtes trop jeune » Je réponds « Vous voulez dire que je manque d’expérience? » Il me répond « Ah non, votre CV est nickel c’est exactement ce que l’on recherche mais je n’avais pas vu votre date de naissance, vous êtes trop jeune. » CQFD.

Alors, oui, bien sûr il n’y pas mort d’homme, et je ne suis pas vraiment à plaindre puisque j’ai réussi à accéder à des responsabilités, mais j’imagine combien ça peut être dur pour celles et ceux qui subissent leur âge comme un handicap dans un quotidien déjà pas toujours rose. Alors s’il vous plaît quand vous croisez un jeune, oubliez son âge, et intéressez-vous à cet individu, à ses problèmes, ses joies, ses peines.
(Après, s’il écrit en langage SMS, là, c’est différent, fuyez! 😉

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