L’absurde classement des femmes politiques préférées des Français

Lorsque j’ai vu circuler sur les réseaux sociaux la Une du JDD sur « Les femmes politiques préférées des Français », j’ai fait un bond.
Non pas parce que Marine Le Pen arrive en tête de ce classement, ni parce que Christine Lagarde en a la tête (au passage la théorie selon laquelle on est toujours plus populaire lorsqu’on est en retrait de la scène politique nationale se confirme donc).
Non, ce qui m’a fait bondir c’est le concept même de classement des femmes politiques.
Des classements en politique il y en a beaucoup, souvent, trop souvent diraient certains. Ils ne servent pas à grand chose, à part remplir les Unes des journaux, à faire passer le temps entre deux stations de métro, et accessoirement faire plaisir à celui ou celle qui y est classé premier.
Je passe sur le contenu et la méthode du sondage: les sondés devaient citer 4 femmes qu’ils souhaitent voir jouer un rôle plus important à l’avenir dans la vie politique française. Déjà ce système de choix de 4 personnalités change tout par rapport à un classement où il faut n’en choisir qu’une. Pourquoi 4, pas 3, pas 5, pas 2? Quant au rôle politique « plus important », si on se positionne par rapport au rôle que chacune joue actuellement, on ne part pas du même niveau entre une Christine Lagarde et une Rama Yade d’une part et une Najat Vallaud-Belkacem et une Marisol Touraine d’autre part. Mais j’ai dit que je ne m’étendrai ni sur la méthode, ni sur les résultats.
Non, ce qui m’a choquée, j’y viens, c’est ce classement en lui-même.
Un classement des femmes politiques françaises, comme si elles étaient une catégorie à part, en soi, du monde politique, comme si leur genre les faisait appartenir à un groupe, comme si Marine Le Pen et Marie-George Buffet avaient des choses en commun, au-delà de faire de la politique. Les ovaires nous rapprocheraient les unes des autres, « solidarité féminine » oblige?
Comme si nous ne participions pas aux mêmes élections politiques que les hommes, ou alors dans un collège séparé, sans les affronter. Les femmes affrontent les hommes dans les urnes mais ne pourraient pas le faire dans des sondages?
Imaginez le même classement à l’inverse: le classement des hommes politiques préférés des Français, mais attention, hein, on ne propose que des noms d’hommes, avec un petit h, parce que les femmes c’est différent, elles auront leur classement à part.
Ce qui compte, en politique, comme dans la vie, n’est pas ce que l’on est, comment on naît, mais ce que l’on fait. Etre une femme ne fait pas de nous des politiciens à part. Pas plus qu’être myope, blond(e), ou grand(e).
D’ailleurs les Français ne s’y trompent pas: à la question posée par Le Parisien « Avez-vous le sentiment que les femmes politiques font mieux ou moins bien, ou font la même chose que les hommes politiques? » 78% répondent « la même chose ».
Et oui. Nous ne sommes ni plus douces/diplomates/délicates/à l’écoute, ni meilleures en gestion des questions de petite enfance que de finances publiques.
Les différences physiques sont bien peu de choses au regard du vécu de chacun, de son caractère, ses envies, ses compétences.
Alors pourquoi un classement à part? Certains diront que les femmes sont « noyées » dans les classements mixtes et n’arrivent que loin dans la liste?
Oui peut-être, mais si c’était ça le vrai problème, la question qu’il faut se poser?
Attention je ne dis pas qu’il n’y a pas de progrès à faire en matière d’égalité entre les sexes, dans la société en général et dans la politique en particulier. Je dis que ce n’est pas avec ce genre de classement qu’on résoudra le problème, au contraire même.
La véritable égalité sera atteinte lorsque ce genre de classement apparaitra comme une aberration à chacun(e) d’entre nous, qu’on n’y trouvera pas plus de sens qu’un classement des politiques portant des lunettes préférés des Français.
Quand la femme sera un homme politique comme les autres. Et réciproquement.
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