« T’es où? pas là! » La chanson de l’égalité

Oui, je cite du Vianney dans mon titre, ça vous en dit long sur mon état d’esprit…

C’est pas de ma faute, c’est celle du 8 mars.
L’autre jour une de mes collègues m’a parlé de mon billet de blog d’il y a un an, que j’avais fait à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes.
Du coup je l’ai relu. Puis j’ai relu celui de l’année précédente, et encore celui d’avant, et celui d’avant,…

De là j’ai tiré deux constats:
– je suis toujours d’accord avec ce que j’ai écrit sur le sujet. Déjà, être d’accord avec soi-même c’est le début de la cohérence, non?
– les années passent et ces billets sont encore terriblement d’actualité, au point que j’ai hésité à en faire un nouveau cette année, un simple copier/coller aurait suffit.

On a beau dire que l’égalité existe en droits dans notre pays, qu’on a de la chance de vivre en France quand on voit ce qu’il se passe ailleurs dans le monde, que le combat de nos aînées n’a pas été vain, … plus le temps passe plus je me dis qu’on n’est pas prêts de voir l’égalité de faits dans le pays des droits de l’Homme.

Honnêtement, il n’y a quasi pas un seul jour où un mot/un geste/une situation auxquels je suis confrontée ne me rappelle combien notre société est profondément sexiste, gentiment, mais profondément sexiste.

  • quand j’allume ma TV et que la plupart des femmes qui essaient de faire correctement leur travail ont droit à des remarques sur leur physique/leur vie privée (ah mais attention ce sont des compliments, quand on accueille en plateau la « jolie *****  » (remplacez par le nom de n’importe qu’elle actrice talentueuse par exemple) ou quand Lea Salamé essaie d’interroger sérieusement un invité et que Laurent Ruquier lui glisse une blague sur son anatomie ou sa vie sentimentale).
  • quand je vois cette video de Sylvie Guillaume et que je prends peur en pensant aux films que j’ai vus depuis un an.

  • quand j’ai beau chercher, je ne connais pas d’élu à l’égalité femmes/hommes qui soit un homme, et quand on organise des réunions/conférences/exposition sur l’égalité on est content d’atteindre un taux de 10% de public masculin (je ne dis pas que tout est de la faute des hommes, il faut sûrement inventer d’autres façons de faire pour les aider à s’investir, mais quand même…)
  • quand un de mes collègues de ma génération (à la sensibilité plutôt féministe d’ailleurs) est avec son fils dans un magasin, et, pour éviter un caprice, lui dit qu’il ne peut pas lui acheter ce camion « parce qu’il est réservé pour un autre petit garçon » sans penser à mal (les stéréotypes de genre dès le plus jeune âge, clé de la reproduction sociale et excellent frein à l’évolution des mentalités).
  • quand j’assiste à une réunion de deux heures pendant laquelle tout le monde est sérieux, mais se permet une minute de blagounettes (mais c’est de l’humouuuuur) sur un texte contre les discriminations de genre, le harcèlement et les violences.
  • quand je marche dans la rue, prends les transports,… je ne vais pas commencer sur le thème du harcèlement de rue qui vaudrait un article à lui tout seul – et je suis déjà assez énervée comme ça – mais je pose simplement la question: est-ce normal de se sentir régulièrement salie, humiliée, dans l’espace public? Lorsqu’on parle d’insécurité, jamais ce sujet n’est abordé. D’ailleurs je crois que je ferai un article de blog spécifique un jour. Dites-moi si ça vous semble intéressant.

harcelement de rue

  • quand je vois ce sondage DEGUEULASSE où 27% des Français trouvent des circonstances atténuantes à un violeur si la victime portait une tenue sexy (en sachant que le sexy est une notion sacrément relative, mais quand bien même), et qu’une femme peut prendre plus de plaisir si elle est forcée. Et pour 17 % d’entre eux, imposer à sa conjointe un rapport n’est pas un viol.

  • quand je lis une enquête du CREFOP datant de l’an dernier où 91% des hommes en couples reconnaissent ne pas repasser, 60% ne pas faire le ménage du tout, et qu’ils consacrent en moyenne 4 à 5 fois moins de temps à leurs enfants que leurs compagnes.

Je m’arrête là, je crois que vous avez compris, je pourrais continuer cette liste pendant des heures (mais du coup on n’estplus le 8 mars et je vais devoir attendre un an pour que l’égalité soit à nouveau un sujet médiatisé, entre deux bons de réduction pour la « fête de la femme »).

J’essaie de me dire qu’il ne faut pas baisser les bras qu’on ne doit jamais renoncer lorsqu’il s’agit du combat pour l’égalité et la justice, que les changements sont longs à s’opérer mais que les combats antérieurs nous montrent la voie.

Mais j’avoue que je suis un peu fatiguée d’avoir à faire quotidiennement à des situations qui me rappellent la lenteur des évolutions, voire parfois la régression dans certains domaines.

Et c’est un peu pour ça que j’ai écrit ce billet et que je le publie non pas le 8 mais le 9 mars, parce que, comme le dit le slogan, le 8 mars, c’est toute l’année!

Et en attendant l’égalité, il reste l’humour…

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